Créer.
Effacer la mémoire.
Effacer le désir.
Etre dans le présent, et tracer.
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Annik Reymond peintures & dessins |
Créer.
Effacer la mémoire.
Effacer le désir.
Etre dans le présent, et tracer.
Etre dans le présent
par inadvertance
créer
Créer. Créer pour quoi, pour qui? Suite.
Grande est la tentation de créer pour la galerie, dans tous les sens du terme. Nous y sommes voués en quelque sorte : comment faire entendre notre parole si ce n’est en la confiant aux mains des professionnels, marchands, curateurs (quel mot…) et autres montreurs d'images, qui braquent la lumière sur nos élans de création ?
Non, créer, c’est d'abord pour moi que j’entends le faire. Tout d’abord un dialogue avec le papier, comme on se parle dans le miroir. Me sentir. Me trouver. Attendre cet instant électrique où tout s’aligne et prend place d’un seul coup. Persévérer, gratter de mes ongles jusqu’au sang: jusqu'à ce que ça vive; ajouter ou retirer des couches sans relâche, me garder du convenu, me battre jusqu’à l’exaspération parfois, salvatrice entre toutes.
Puis, cette parole inscrite dans le papier, aller à la rencontre de l'autre, mu par des vagues semblables aux miennes.
Créer pour qui, pour quoi?
Créer pour soi, c'est un monologue. Une manière de parole in petto. Un grommellement, un borborygme. Comme on râle, on bougonne, on fredonne ou on s'emporte. Il n'y a pas de destinataire. C'est un circuit fermé, du cerveau à la main, de la main aux yeux, et ainsi de suite. Une eau sans cesse recyclée. Il n'y a pas d'apport extérieur non plus, pas d'eau fraîche au moulin, pas de poissons attirés par les tourbillons de l'oxygène, pas de barrage, pas de saut, pas de lac. Personne qui s'y baigne non plus, personne pour trouver l'eau douce ou trop fraîche. Pas d'échange.
On ne crée du neuf que s'il y a adresse, alors le borborygme peut se hisser au stade de parole.
Je me méfie comme de la peste de l'esthétique: le beau, le caractère, l'écriture, le su, le vu et le connu – bien que j'y succombe lorsque je baisse la garde…
Comme un édredon douillet, ils me prémunissent de l'esthesis, du sentir, qui seul me permet d'accéder à un geste chargé de sens.
Lorsque j'accepte l'esthesis, la pulsion motrice au lieu d'être guidée par ma mémoire, la forme est générée de l'intérieur, sans autre intervention de l'œil que celle de placer ma main au bon endroit; ainsi la trace parle.